Du sport sur ordonnance

Pour les plus sédentaires d’entre nous ou pour tous ceux qui ont du mal à mettre assez de mouvement dans leur vie, la France a adopté un dispositif qui, sur prescription médicale, encourage une prise en charge d’Activité physique adapté (APA). En Belgique, les kinésithérapeutes plaident pour qu’il en soit de même.

Aïe, ça fait mal : selon l’Organisation Mondiale de la Santé , dans le monde, 1 adulte sur 4 et 3 adolescents (de 11 à 17 ans) sur 4 n’atteignent pas les recommandations concernant le niveau d’activité physique nécessaire à la santé [1] . Pourtant, il n’y a aucune raison de croire qu’il n’est pas possible d’améliorer les choses. Ainsi, ces dernières années, différentes initiatives ont été développées pour aider à bouger, y compris à un certain âge.

Pourquoi (se) bouger ?
Outre le sentiment de bien-être que cela génère, l’activité physique entraîne une série d’effets bénéfiques sur la santé, sur la condition physique et le maintien de l’autonomie à tous les âges de la vie, rappellent Fabienne Van Dooren et Martine Jeunehomme, kinésithérapeutes. Concrètement, une activité physique régulière permet de prévenir une série de maladies chroniques :
- des malades cardiovasculaires et cérébrovasculaires,
- le diabète de type 2,
- l’obésité,
- la dépression,
- des cancers
.

L’une de ces initiatives elle semble particulièrement porteuse : il s’agit d’encourager à se bouger, "sur ordonnance". Oui, vous avez bien lu : après avoir reçu une prescription de leur médecin. "En France, depuis le 30 décembre 2016, un décret a officialisé les conditions d’une Activité physique adaptée (APA) et prescrite par le médecin", détaille Fabienne Van Dooren, kinésithérapeute et directrice générale d’Axxon, l’association professionnel des kinésithérapeutes belges.

Dans le même esprit, en Belgique, des villes ont d’ores et déjà lancé un projet de "sport sur ordonnance" (Chaudfon-taine, Ottiginies, Frasnes-lez-Anvaing et Saint-Hubert), en s’appuyant sur des médecins généralistes partenaires. En résumé, la commune prend en charge une partie des coûts. Une intervention minime est demandée aux personnes volontaires (dans certains cas, leur mutuelle intervient également) et des cours collectifs d’Activité physique adapté (APA) leurs sont proposés sous la direction d’un coach qualifié. Il motive et aiguille les volontaires vers des séances d’exercices adaptés. Après trois mois, il adresse un feedback au médecin généraliste qui avait prescrit ces séances.

Le kinésithérapeute : un allié pour un encadrement adapté et accessible

Séduisant, le système pourrait cependant être amélioré encore, précise Martine Jeunehomme, kinésithérapeute (et administratrice d’Axxon). "En effet, dit-elle, il importe de s’assurer que le cadre proposé est le plus propice à tous. Parmi les personnes prêtes à suivre l’ordonnance de leur médecin et à commencer à bouger, certaines nécessitent un suivi différent, plus adapté à leur situation. Voilà pourquoi nous pensons que dans le processus d’encadrement des personnes, il faut inclure un kinésithérapeute. Il s’agit de lui laisser le soin, parce que cela relève de ses compétences et de son expertise dans tout ce qui touche le musculosquelettique et l’activité physique, de détecter puis d’encadrer ceux et celles qui nécessitent un autre suivi, en raison de différents signaux d’alerte (une maladie cardiaque, un diabète...)."

Cette idée d’un encadrement parfaitement ciblé, parce qu’exercé à chaque étape par ceux et celles qui ont reçu une formation pour le faire, pourrait également s’appliquer aux salles de fitness. Mais cela impliquerait l’existence d’un cadre légal permettant de trier les coachs auto-proclamés de ceux qui savent réellement que conseiller à chacun...

Dans le projet du sport sur ordonnance, l’inclusion des kinésithérapeutes n’aurait aucun impact financier supplémentaire sur le système de sécurité sociale. "Il importe que les gens prennent conscience que pour aller mieux, ils doivent se prendre en charge. Cela a un coût, même s’il est clair que ce retour vers l’exercice encadré doit rester accessible à tous", précisent Martine Jeunehomme et Fabienne Van Dooren.

Pour développer l’engrenage vertueux d’un retour vers l’exercice, il reste donc à encourager les communes ou les entreprises pour qu’elles s’impliquent dans ce projet. Il en va de même pour les médecins, qui devront être conscientisés de l’intérêt de ce type d’initiative et rassurés par un encadrement de qualité qui serait défini par un cadre légal.

Alors peut-être (se) donnera-t-on davantage de chance pour chasser une sédentarité qui nous veut du mal. Et verra-t-on se développer un autre rôle pour les kinésithérapeutes, alliés de la prévention et de la santé globale de leurs patients. Mais ça, c’est une autre histoire...

Ensemble, ça fait la différence

Les kinésithérapeutes Fabienne Van Dooren et Martine Jeunehomme en sont convaincues : pour devenir "acteur de sa santé" et mettre de l’activité physique dans sa vie, faire partie d’un groupe peut faire la différence. Et être le déclic d’un retour à l’activité physique.

Premier atout : l’encadrement

  • Celui qui pilote le groupe doit avoir les bons mots. Parce qu’il est un professionnel compétent et formé, il va, aussi, savoir choisir les exercices adaptés à la remise en forme de son public, en en faisant assez, en incitant à en faire plus, mais pas à en faire trop.
  • Autre point fort de l’encadrement : le responsable doit être capable de détecter, dans le groupe, ceux ou celles pour lesquelles ces séances ne sont pas adaptées. Ce repérage entre parfaitement dans les compétences d’un kinésithérapeute ou d’un kinésithérapeute formé à l’exercice medecine [2]

Deuxième atout : le groupe

Voir des gens, partager avec eux des moments destinés à "se faire du bien", se motiver ensemble... Oui, tout cela impacte fortement la décision de faire de l’exercice et de continuer à en faire. Sans empêcher de pratiquer d’autres activités physiques seul... Ou avec d’autres groupes.

En Belgique, différentes initiatives se développent pour proposer de bouger ensemble, y compris lorsque l’on fait partie d’un public plus éloigné du monde du mouvement. En voici trois, recensés par Axxon :
- Gymsana (destinée à des personnes fragilisées).
- Orpea Belgium (pour les seniors)
- Sport sur ordonnance.


Article rédigé par Pascale Gruber, journaliste santé.
Remerciements à :
Martine Jeunehomme,
Kinésithérapeute
Licenciée en Santé Publique-ULB
Administratrice Axxon
et
Fabienne Van Dooren,
Kinésithérapeute
Directrice générale chez Axxon Qualité en Kinésithérapie