Activité physique et pollution : le ciel n’est pas (forcément) une limite

Trop de pollution ? Pas de vélo, pas de sport, on reste à la maison ! En réalité, cette affirmation pourrait bien avoir du plomb dans l’aile, du moins pour un grand nombre de personnes et pour autant qu’elles se plient à quelques précautions d’usage...

© Angelo Pantazis - Unsplash

Franchement, quelle logique y aurait-il à pratiquer une activité physique en cas de pic de pollution ? La réponse semble évidente : aucune ! Pourtant, assure Vitalie Faoro, kinésithérapeute, docteur en Sciences de la motricité et chargée de cours à l’ULB, "plusieurs études, y compris européennes, montrent que les bienfaits de l’exercice peuvent dépasser les méfaits de la pollution". Voilà de quoi revoir toutes nos (fausses) certitudes en la matière...

Que la pollution soit une ennemie de notre santé, nul n’en doute : selon l’Agence européenne pour l’Environnement, l’air pollué que nous respirons provoque un décès toutes les minutes. Lors d’une pratique sportive, l’hyperventilation qui en résulte expose davantage encore les poumons aux polluants. Plus rapide, la respiration court-circuite le filtre nasal, pourtant bien utile, et met en première ligne cet autre filtre naturel que sont les poumons, désarmés face aux particules fines.

"La pollution affecte en tout premier lieu notre système respiratoire, ce qui provoque des réactions inflammatoires et immunitaires. Mais elle impacte également notre système cardio-vasculaire et, ce qui est souvent moins connu, notre système nerveux, entraînant une série de déséquilibres", détaille Vitalie Faoro.

A vélo, c’est très beau...

Pourtant, "et même si nous n’avons pas encore une vision parfaitement complète des coûts et des bénéfices à long terme de l’exercice physique en cas de pollution, à court et moyen terme, il apparait de plus en plus clairement que les bienfaits de l’activité restent supérieurs aux impacts dus à la pollution, explique la kinésithérapeute. En tout cas, des études comparant la santé de cyclistes à celle d’automobilistes l’ont démontré : mieux vaut être à vélo que statique en auto".

A Bruxelles, le seuil au-delà duquel une activité physique comme le vélo devient négative s’élève à plus de 11 heures par jour." Pour la marche, le seuil n’a pas encore été déterminé mais il serait forcément supérieur...", souligne Vitalie Faoro.

Prudence est mère de...santé

Néanmoins, ce constat rassurant mérite d’être tempéré par quelques principes essentiels. Tout d’abord, ce OK donné à l’activité physique en cas de pollution atmosphérique s’adresse avant tout aux personnes en bonne santé... et raisonnables : "Si des symptômes comme des picotements aux yeux et à la gorge, une toux sèche et irritante, des maux de tête et des nausées apparaissent, mieux vaut remettre l’exercice à plus tard", précise Vitalie Faoro. De surcroît, de manière générale, un certain nombre de précautions élémentaires (voir l’encadré ci-dessous) méritent d’être respectées si l’on décide de faire un sport malgré la pollution.

Pour les personnes à risques, la prudence est encore davantage de mise. Pour elles, les séances d’activités physiques devront peut-être être repoussées ou déplacées afin de se dérouler dans un lieu (ou à un moment de la journée) moins pollué.

Parmi les personnes concernées, on trouve :

- les enfants de moins de 9 ans (leurs poumons sont encore en maturation et ne jouent pas encore pleinement leur rôle de barrière) ;

- les personnes asthmatiques, allergiques ou présentant une hypersensibilité proche de l’allergie ;

- les personnes souffrant de problèmes respiratoires (une bronchite chronique, par exemple) ou cardiaques : "Certains polluants peuvent entraver l’apport d’oxygène vers les muscles", rappelle Vitalie Faoro ;

- les personnes présentant des troubles de la sphère ORL (comme une sinusite chronique) ;

- les personnes âgées (70-75 ans ou davantage).

"En réalité, souligne Vitalie Faoro, en période de pollution plus intense, notre niveau d’activité physique tend à baisser spontanément. " Alors même si faire du vélo, c’est toujours meilleur que de ne rien faire, écouter son corps, être attentif à ses réactions et adapter ses comportements est aussi un moyen de préserver sa santé à long terme... malgré la pollution.

Pour que les pics ne nous piquent pas...

Pour marcher, rouler, courir, bouger toute l’année et bénéficier des bienfaits de l’activité physique, voici une série de conseils  [1] à suivre en cas de pics de pollution (mais pas seulement). Et sans oublier qu’en cas d’air pollué, sans être obligatoirement supprimé, l’exercice devra être moins intense et pratiqué sans dépasser son seuil ventilatoire :

- N’hésitez pas à repérer (et à suivre) les routes et les chemins alternatifs qui, si possible plus verts, vous éloignent de la proximité du trafic. Méfiez-vous aussi des pistes qui longent les autoroutes ou les routes très fréquentées.
- Gardez vos distances des voitures en marche, des scooters, des motos...
- L’air pollué a tendance à stagner davantage au-dessus des rues bordées de hauts bâtiments : si vous le pouvez, choisissez d’autres trajets.
- Bougez de préférence le matin : les polluants externes sont moins importants à ce moment-là. Mais fuyez les heures de pointes...
- Portez un masque.
- Si vous pratiquez une activité physique en salle, assurez-vous de sa bonne ventilation... et de la fermeture des fenêtres lors des pics de pollution atmosphérique.
- Les pics de pollution sont en général plus élevés lors des journées chaudes et ensoleillées : bénissez le vent et la pluie qui éloignent les polluants... Vérifiez l’index de la qualité de l’air de la journée.

Article rédigé par notre journaliste santé Pascale Gruber