La marche et le vélo, des pratiques à la mode chez les ados ?

Résultats de l’enquête HBSC 2018 en Belgique francophone

© Ross Sneddon - Unsplash.comDepuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de voitures en circulation n’a cessé d’augmenter en Belgique. [1] Selon les résultats de l’enquête MONITOR réalisée en 2017 par le SPF Mobilité et Transports, la voiture personnelle reste, jusqu’à nos jours, le mode de déplacement privilégié. Cependant, depuis 1999, la part attribuée à la voiture (en nombre de déplacements) affiche une très légère baisse au profit, d’ampleur également très modeste, des transports en commun, du vélo et de la marche [2] Les jeunes de moins de 18 ans sont ceux qui utilisent le plus les modes de déplacements actifs, c’est-à-dire la marche ou le vélo [2] . Toutefois, comme nous le verrons à travers les résultats de l’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC), l’utilisation de transports actifs ne fait pas encore l’unanimité chez les adolescents.

Comment l’enquête HBSC mesure-t-elle les déplacements des élèves pour se rendre à l’école ?

L’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC) est une étude internationale menée tous les quatre ans auprès d’adolescents dans une cinquantaine de pays et régions d’Europe et d’Amérique du Nord, sous l’égide du bureau européen de l’OMS. En Belgique francophone, plus de 14 000 élèves de la 5e primaire à la dernière année du secondaire ont participé à l’enquête HBSC de 2018. L’activité physique est l’une des thématiques de santé abordées. Elle comprend le sport, l’activité physique globale et les trajets de la maison vers l’école. Les questions sur les trajets de la maison vers l’école (mode de transport utilisé pour aller à l’école et durée de trajet) ont été posées aux élèves de 5e-6e primaire et de secondaire.)

Une minorité d’élèves se rend à l’école de façon active

Premier constat relevé grâce aux réponses collectées pendant l’enquête : en 2018, seul un cinquième (21,3%) des adolescents scolarisés en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) utilisait un moyen de transport actif pour se rendre à l’école. Dans le détail, 19,7% se rendaient à pied à l’école, 1,3% à vélo et 0,3% en trottinette, roller ou skate. Les autres élèves étaient 40,2% à utiliser les transports en commun, et 38,2% se faisaient conduire à l’école en voiture, moto, scooter ou mobylette.

Le mode de transport utilisé variait selon le niveau scolaire des adolescents (Figure 1) : la fréquence d’utilisation des transports en commun passait de 11,1% en 5e-6e primaire à 52,7% dans le 2e-3e degré, tandis que la proportion d’élèves qui se rendaient à l’école à vélo restait très faible (Figure 1). Le transport vers l’école en véhicules motorisés prenait une part moins importante au fil du temps : 59,5% en primaire, 37,3% dans le 1er degré et 29,2% dans le 2e-3e degré du secondaire.

Qui se déplace à pied ou à vélo pour se rendre à l’école ?

Tous niveaux scolaires confondus, les garçons étaient un peu plus nombreux que les filles à se rendre en transports actifs à l’école (22,6% contre 20,2%). Par ailleurs, utiliser un moyen de transport actif pour se rendre à l’école était plus souvent rapporté par les élèves de l’enseignement général et technique de transition (20,4%) que dans l’enseignement technique de qualification (14,4%) et professionnel (16,0%). Enfin, des disparités régionales ont également été observées : les élèves bruxellois étaient proportionnellement plus nombreux que ceux de Wallonie à utiliser un moyen de transport actif (28,6% contre 19,3%).

Des trajets trop longs pour envisager de se déplacer activement ?

Les résultats de l’enquête pointent l’existence d’une relation entre le temps de trajet et le moyen de transport utilisé. Ainsi, les trois-quarts des élèves du secondaire utilisant un moyen de transport actif pour aller à l’école mettaient maximum 15 minutes pour s’y rendre. Pour les élèves qui utilisaient un moyen de transport passif, le temps de trajet avait tendance à augmenter : ils étaient proportionnellement plus nombreux à avoir des trajets dépassant 30 minutes. En revanche, pour la grande majorité des élèves du primaire le temps de trajet ne dépassait pas 15 minutes, quel que soit le mode de transport.

Les élèves bruxellois étaient proportionnellement plus nombreux à se rendre à l’école en maximum 15 minutes en transport actif (83,8% contre 77,0% en Wallonie), tandis que les élèves wallons étaient plus nombreux à utiliser un transport passif pour un temps de trajet équivalent (47,1% contre 25,6% à Bruxelles).

Ces résultats rappellent que le temps de trajet ne serait pas seul en cause lors du choix du mode de déplacement. L’organisation de la ville ou d’une région, ainsi que ses équipements et aménagements, la distance, la sécurité routière ou encore les interactions sociales sont autant de facteurs qui influencent les déplacements actifs [3] . En Wallonie, les distances plus longues à effectuer pour se rendre du domicile vers l’école, avec des connexions parfois moins faciles, pourraient en partie expliquer les raisons pour lesquelles les élèves (et leurs parents) se tournent davantage vers des alternatives aux déplacements actifs.

Quelques pistes pour encourager les jeunes à l’utilisation de moyens de transport actif

Se déplacer de manière active comporte de nombreux avantages. Parmi ceux-ci, préférer l’utilisation de transports actifs, notamment le vélo, permet d’augmenter le niveau d’activité physique journalier des enfants et adolescents et contribue à atteindre un niveau d’activité physique global suffisant. L’OMS recommande en effet 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité soutenue, au moins 3 fois par semaine pour les 5-17 ans. Se rendre à l’école à vélo est aussi associé à une meilleure santé cardiovasculaire [4] . Dès lors, comment favoriser ces modes de déplacement au quotidien auprès des jeunes ?

Pour la première fois, la question suivante a été posée, lors de l’enquête 2018 aux élèves du secondaire : « Qu’est-ce qui faciliterait ton trajet pour aller à l’école à pied ou à vélo ou qui t’encouragerait à le faire ? »

Pour environ 60% des adolescents, les facteurs suivants étaient importants, voire, très importants : la présence d’endroits sûrs pour traverser la route, la présence de casiers à l’école pour pouvoir y déposer leurs affaires, moins de trafic, et l’absence de risque d’être embêté ou attaqué. Environ la moitié des élèves considérait comme importants ou très importants la présence de trottoirs ou de pistes cyclables tout au long du trajet, un meilleur éclairage des rues, des trottoirs ou des rues plus larges, la compagnie de personnes avec qui marcher, la présence d’un garage à vélos sécurisé à l’école ou le fait d’habiter plus près de l’école.

Ce sont autant de pistes que les écoles et les autorités régionales et communales compétentes peuvent prendre en compte pour aider les élèves à franchir plus aisément le pas vers l’adoption d’un mode de déplacement actif.

Si vous souhaitez plus d’information sur cette thématique ou d’autres traitées dans l’enquête HBSC, les résultats complets sont disponibles sur le site web du SIPES : http://sipes.ulb.ac.be/

Article rédigé par Morgane Eggen, Assistante de recherche au Service d’Information Promotion Éducation Santé (SIPES) – École de Santé Publique de l’ULB