Le sommeil chez les jeunes

Facteurs d’influence et pistes de prévention

Pour la première fois, la dernière enquête HBSC [1] a investigué la durée de sommeil des jeunes. Verdict : bien de jeunes francophones sont loin du compte en ce qui concerne leur temps et leur qualité de sommeil. Quels en sont les facteurs d’influence ? Comment décrypter ces chiffres ? Que retenir des résultats ? Nathalie Moreau, chercheuse SIPES, ESP-ULB analyse ces résultats et propose plusieurs indicateurs pour aider à penser une politique de prévention.


Tout d’abord il faut dire qu’au niveau de la littérature scientifique, il est très difficile de trouver une référence concernant une "durée adéquate" de sommeil, durée qui, d’ailleurs, relève aussi de facteurs très individuels, précise Nathalie Moreau chercheuse SIPES, ESP-ULB.

Cependant, on peut considérer que 9 heures de sommeil sont nécessaires, y compris pour les adolescents. Nous avons constaté que la majorité des jeunes francophones ayant participé à l’étude font état de 7 à 9 heures de sommeil les jours d’école. Un quart dépasse les 9 heures par nuit et 6 jeunes sur 10 dorment moins de 9 heures.

Le passage du primaire au secondaire : un changement important

Tous les indicateurs signalent que le passage du primaire au secondaire est lourd de conséquences sur le temps de sommeil. A ce moment-là, on note une nette augmentation du nombre de jeunes dont la durée du sommeil va se réduire de plus en plus. Lors de cette période, quelque chose se joue donc véritablement sur les comportements. En fin de 6è primaire, un peu moins d’un 1 jeune sur 5 dort moins de 9 heures. Mais ce chiffre double dès la 1ère secondaire et la hausse est croissante jusqu’à la fin de la scolarité.

Facteurs d’influence de la durée du sommeil

  • Ces résultats s’expliquent sans doute en partie par l’assouplissement des règles de vie imposées aux jeunes, avec l’acquisition de davantage d’autonomie et un probable changement d’heure du coucher au sein des familles.
    Cela dit, il ne faut pas oublier qu’il existe aussi une différence entre l’heure du coucher et celle de l’endormissement. Ce que font les jeunes entre les deux, l’enquête ne permet pas de le dire. En revanche, on sait qu’avant l’endormissement, certaines activités peuvent affecter la durée du sommeil et la rapidité d’endormissement. C’est le cas de l’usage des écrans qui tend à réduire la durée du sommeil. A contrario, la lecture procure une forme d’accalmie propice à un allongement de cette durée.
  • Par ailleurs, mais il s’agit ici d’une hypothèse, un certain nombre d’élèves du secondaire se lèveraient plus tôt pour se rendre dans une école géographiquement plus éloignée de la maison que leur école primaire, ce qui raccourcirait leur durée de sommeil.
  • On constate relativement peu de différences entre filles et garçons. De même, la durée du sommeil varie globalement peu en fonction du niveau socio-économique.
  • En revanche, la proportion de jeunes dormant moins de 9 heures est plus élevée parmi ceux qui vivent dans une famille monoparentale par rapport à ceux qui vivent avec leurs deux parents.

Lisez également l’article « Influence du sommeil et de l’alimentation sur la réussite scolaire », par Marie-Josée Mozin, nutritionniste et Présidente honoraire du Club européen des diététiciens de l’enfance

Difficultés à s’endormir

Ce sujet est investigué depuis 1998, ce qui nous donne un bon recul. Jusqu’en 2010, la part de jeunes concernés par cette problématique n’a cessé de croitre. En 2014, c’est le cas de plus d’un tiers d’entre eux, un résultat stable par rapport à l’enquête de 2010. Il nous place dans le haut du classement international concernant les jeunes qui, quels que soient le genre et l’âge, ont du mal à s’endormir plus d’une fois par semaine.

  • Sur ce point, les filles sont davantage touchées que les garçons et ce dès la 5è primaire. On peut estimer - mais une enquête complémentaire serait nécessaire pour l’affirmer - que cela s’expliquerait entre autres par leur moins bonne santé subjective, par le stress qu’elles ressentent vis-à-vis de l’école ou par le fait qu’elles pratiquent moins d’activités physiques que les garçons.

Sentiment de fatigue matinale

Un jeune sur deux ressent de la fatigue matinale au moins 1 fois par semaine. Cette situation augmente en particulier lors du passage dans le secondaire, sans différence entre filles et garçons et elle concerne davantage les enfants de familles monoparentales ou recomposées.

  • Les difficultés d’endormissement, une durée insuffisante de sommeil, tout comme le fait de passer au moins 3 heures par jour devant un écran et de pratiquer un sport moins de deux fois par semaine interviennent dans ce résultat.
  • De plus, la perception et l’appréciation de l’environnement scolaire du jeune jouent également : moins le jeune apprécie son école, plus sa fatigue augmente. Mais peut-être est-ce aussi parce qu’il est fatigué qu’il n’aime pas aller à l’école, car cet état l’empêche de bien se concentrer et de bien comprendre les cours ?

Que faire ?

  • "Au sein des services PSE, il peut s’avérer très utile de rappeler l’importance du sommeil sur le bien-être, de voir si le jeune est fatigué et, si c’est le cas, d’enclencher un dialogue pour voir comment l’aider", estime Nathalie Moreau.
  • Par ailleurs, poursuit la chercheuse, "la prise de conscience de l’importance du sommeil dans la croissance et le développement du jeune est un message qu’il importe de réactualiser auprès de tous : les responsables des programmes scolaires, les professionnels de santé, les familles, les jeunes...
  • Sans être alarmiste, face à cette problématique assez complexe, on ne peut qu’inviter tous les publics - y compris les politiques et les professionnels de la santé et de l’éducation - à réfléchir à des approches globales susceptibles d’inverser certaines tendances, y compris, par exemple, au travers de campagnes incluant les conséquences de l’abus des écrans ou de la sédentarité."