Les pratiques alimentaires selon le statut migratoire à Bruxelles

A Bruxelles, environ 2 personnes sur 3 sont issues de l’immigration. Soit elles sont nées à l’étranger, soit elles sont nées en Belgique d’au moins un parent lui-même né à l’étranger.

Certaines communautés sont souvent citées comme plus vulnérables en matière de santé physique et mentale.
Une étude portant sur les adultes bruxellois a rapporté que la santé perçue [1] est significativement plus mauvaise chez les Bruxellois de nationalité marocaine ou turque que chez ceux de nationalité belge.

L’adolescence constituant une période charnière pour la construction de l’identité, les jeunes d’origine étrangère font face à des défis spécifiques – comme arriver à concilier différentes influences familiales, communautaires, du pays de résidence... – qui peuvent parfois entrer en contradiction avec le milieu dans lequel ils grandissent. Ces défis peuvent dès lors avoir un impact sur leur santé de manière durable.

L’état de santé se caractérise par des interactions complexes entre un ensemble de déterminants de santé, tels que le patrimoine génétique, l’éducation, les conditions de vie, l’accès aux soins de santé, l’environnement physique, matériel, culturel et social... Ces déterminants peuvent varier considérablement selon l’origine de la personne.

Des pratiques alimentaires favorables à la santé, d’autres plutôt défavorables…

Les données de l’enquête Health Behaviour in School-Aged Children (HBSC) , menée en 2014 en Fédération Wallonie-Bruxelles par le Sipes, ont été utilisées pour étudier le lien entre les origines migratoires des adolescents et les comportements alimentaires. Au total, 2962 adolescents scolarisés à Bruxelles de la 5e primaire à la fin du secondaire ont participé à cette étude.

  • Il ressort de cette étude que certaines pratiques alimentaires favorables à la santé, comme la consommation de poisson (au moins deux fois par semaine) et de produits laitiers (au moins une fois par jour), sont plus fréquentes chez les jeunes issus de l’immigration. D’autres habitudes favorables sont aussi davantage observées dans certaines communautés d’immigrés. A titre d’exemple, les jeunes nés en Turquie et ceux dont la mère est née en Afrique sub-saharienne sont plus enclins que les autochtones à consommer des fruits tous les jours.
  • En revanche, d’autres comportements alimentaires défavorables à la santé sont davantage rencontrés chez les adolescents issus de l’immigration : ceux-ci mangent en général moins fréquemment des légumes et plus souvent des chips, des frites, et des boissons sucrées. Ils sont également moins nombreux à déclarer prendre un petit-déjeuner et à souper en famille tous les jours et vont plus fréquemment dans les fast-foods.

Des disparités en lien avec les inégalités socioéconomiques et des facteurs culturels ?

Les habitudes alimentaires décrites plus haut se rapprochent des tendances observées dans les milieux moins favorisés socialement. En effet, le niveau d’aisance matérielle de la famille  [2] des jeunes issus de l’immigration est globalement inférieur à celui des jeunes autochtones. De plus, il apparaît que ces écarts de comportements sont déjà présents dès la fin du primaire, suggérant ainsi l’importance du rôle de la famille dans l’acquisition des comportements de santé.

Par ailleurs, l’étude du Sipes a montré que les jeunes issus de l’immigration sont proportionnellement plus nombreux à être en surpoids ou obèses (Figure 1.).

Figure 1. Le surpoids renvoie aux valeurs de l’Indice de Masse Corporelle (IMC=poids (kg)/taille(m)²) supérieures ou égales au percentile 85 des courbes de référence élaborées par laVUB et la KUL Obésité : IMC supérieures ou égales au percentile 95.


Ce constat pourrait entre autres s’expliquer par des facteurs tels que :

  • le budget familial disponible pour l’alimentation et les loisirs sportifs,
  • une appropriation insuffisante des informations de santé (littératie en santé) [3] par les familles issues de l’immigration.

Ce constat souligne l’importance d’une bonne connaissance des modes de vie des différentes communautés de la part du personnel socioéducatif et soignant, afin d’identifier les groupes les plus vulnérables et de pouvoir guider de façon adaptée les efforts de prévention et de promotion de la santé.

Les écoles, les services de Promotion de la Santé à l’Ecole (PSE) et les Centres Psycho-Médico-Sociaux (CPMS) constituent des opportunités clés d’action, pour réduire les disparités liées à la situation financière des élèves (accès aux infrastructures d’activité physique à l’école, qualité de l’alimentation proposée...) et pour améliorer l’accès des adolescents issus de l’immigration et de leurs familles aux informations relatives à la santé (démarches participatives, supports d’information visuels adaptés...).


Article rédigé par :

Estelle Méroc,
Chercheure en promotion de la santé,
titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées en Sciences de la Santé publique
Service d’Information Promotion Education Santé - SIPES