Les ados mangent-ils mieux ou moins bien qu’avant ?

Enquête HBSC auprès des jeunes francophones (période 2002-2018)

Ces deux dernières décennies ont été marquées par des changements du contexte alimentaire en Belgique, comme dans la plupart des pays européens. En effet, depuis le début des années 2000, une prise de conscience de l’importance de l’alimentation pour la santé des populations a mené au développement de politiques de santé publique et d’actions de promotion de la santé, axées sur cette thématique.

Sur base des constatations de l’enquête de consommation alimentaire de 2004, le Plan National Nutrition et Santé belge a été lancé en 2005, afin d’améliorer les habitudes alimentaires et d’augmenter le niveau d’activité physique de la population. En effet, rappelons-le, l’alimentation est reconnue comme un facteur de risque ou de protection des maladies non-transmissibles telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers  [1].

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Par ailleurs, l’offre alimentaire à laquelle la population est exposée a, elle aussi, évolué depuis le début du 21e siècle avec, par exemple, une disponibilité et une diversité accrues de plats préparés ou de boissons sucrées mais aussi d’aliments riches en fibres. Au cours de cette période, une partie de la population a également montré un intérêt croissant pour la filière biologique, les produits locaux et les circuits courts. Autant d’exemples illustrant l’évolution du contexte alimentaire au sein duquel s’ancrent les habitudes alimentaires des populations, y compris des plus jeunes.

Dans un tel contexte, il s’avère particulièrement intéressant de suivre l’évolution des comportements alimentaires, pour identifier ceux nécessitant une attention particulière, les tendances à la dégradation ou au contraire à l’amélioration. L’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC) rend possible ce suivi chez les adolescents.

L’enquête HBSC, des données utiles pour suivre l’évolution des comportements de santé chez les adolescents

L’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC) est menée tous les quatre ans depuis 1986 auprès des élèves scolarisés de la 5e primaire, à la fin du secondaire dans les écoles francophones de Belgique. L’utilisation d’un protocole identique dans ces enquêtes permet une analyse de l’évolution, au cours du temps, d’une série de comportements de santé chez les adolescents, y compris en matière d’alimentation.

Les résultats présentés ci-après concernent l’évolution de certains comportements alimentaires des adolescents entre 2002 et 2018. Les proportions présentées sont des proportions standardisées pour l’âge, le genre et, dans certains cas, la perception de l’aisance financière, en prenant comme référence la population d’enquête de 2018.

Le petit-déjeuner de plus en plus boudé par les adolescents.

Un premier point mis en évidence est la diminution, entre 2002 et 2018, de la proportion d’adolescents déclarant prendre chaque jour un petit-déjeuner : elle est ainsi passée de 75% à 66% chez les élèves de 5e-6e primaire et de 60% à 48% chez les élèves de secondaire (Figure 1). Cette habitude est pourtant reconnue comme contribuant à un régime alimentaire favorable à la santé [2], réduisant le risque de surpoids  [3] et influençant positivement les performances cognitives [4].

Figure 1 Evolution de la proportion d’adolescents prenant chaque jour un petit-déjeuner en semaine entre 2002 et 2018, en 5e-6e primaire et en secondaire

Après une hausse entre 2002 et 2010, la consommation quotidienne de fruits a connu une baisse en 2014 et 2018 parmi les élèves de l’enseignement secondaire.

Alors que la proportion d’élèves déclarant manger des fruits au moins une fois par jour était de plus de 70% en 1990 (données non présentées), moins de la moitié des élèves du primaire et un tiers de ceux du secondaire déclaraient avoir cette habitude en 2002 (Figure 2). Une augmentation de cette proportion a été observée entre 2002 et 2010 pour atteindre environ 50% chez les élèves de fin de primaire comme de secondaire.

Plus récemment, des évolutions contrastées ont été observées selon le niveau scolaire : alors qu’une hausse est observée en 2014 en fin de primaire, c’est une diminution qui est notée en secondaire entre 2010 et 2018 (Figure 2). Ce dernier résultat devrait être étroitement surveillé à l’avenir, d’autant qu’une consommation de fruits d’au moins une fois par jour reste inférieure aux recommandations alimentaires [5].

Figure 2 Évolution de la proportion d’adolescents consommant des fruits au moins une fois par jour entre 2002 et 2018, en 5e-6e primaire et en secondaire

La consommation de lait, une source importante de calcium, en baisse chez les adolescents

Le lait et les produits laitiers, sources importantes de protéines, de calcium et de vitamines B2 et B12, contribuent à une alimentation favorable à la santé[5]. Alors qu’environ 80% des élèves de 5e-6e primaire et les trois-quarts de ceux du secondaire consommaient quotidiennement du lait en 1994 (données non présentées), seule la moitié des élèves déclaraient encore cette habitude en 2006 (Figure 3). La proportion d’adolescents consommant du lait au moins une fois par jour est restée stable entre 2006 et 2014, avant de diminuer significativement en 2018, en fin de primaire comme en secondaire (Figure 3). Comme pour les fruits, cette tendance défavorable récente nécessitera confirmation grâce à la prochaine enquête HBSC en 2021-2022.

Figure 3 Évolution de la proportion d’adolescents consommant du lait au moins une fois par jour entre 2006 et 2018, en 5e-6e primaire et en secondaire

La consommation de lait n’a pas été collectée lors de l’enquête de 2002.

Après une baisse importante, la consommation quotidienne de boissons sucrées chez les adolescents s’est stabilisée cette dernière décennie.

Près des deux-tiers des élèves déclaraient consommer des boissons sucrées au moins une fois par jour au début des années 1990 (données non présentées). Dix ans plus tard, cette proportion n’était plus que de 37% chez les élèves de fin de primaire et 43% chez les élèves de secondaire (Figure 4). Une diminution de cette proportion a été observée entre 2002 et 2006 et a ensuite été suivie d’une stabilisation : entre 2006 et 2018, environ un quart des élèves de fin de primaire et un tiers des élèves de secondaire consommaient ce type de boissons tous les jours (Figure 4). Ces proportions restent néanmoins encore trop élevées compte tenu des risques associés à un tel niveau de consommation [6] [7].

Figure 4 Évolution de la proportion d’adolescents consommant des boissons sucrées au moins une fois par jour entre 2002 et 2018, en 5e-6e primaire et en secondaire

Que retenir de ces résultats ?

Ces résultats mettent en évidence certains progrès concernant les habitudes alimentaires des adolescents au cours des années 2000, notamment en ce qui concerne la consommation quotidienne de fruits, plutôt à la hausse, et celle de boissons sucrées, à la baisse. Des marges d’amélioration importantes persistent néanmoins dans ces deux domaines. La tendance à la stagnation (voire à la baisse pour les fruits chez les élèves de secondaire) de ces comportements ces dernières années suggère, en outre, que les efforts mis en place doivent être poursuivis, pour éviter un « retour en arrière ». Par ailleurs, les observations relatives à la consommation du petit-déjeuner et de lait montrent que ce sont deux sujets sur lesquels une attention particulière devrait être portée, dans les actions de promotion de la santé menées auprès des élèves des écoles francophones.

Les résultats complets sont disponibles sur le site web du SIPES dans la brochure :
Lebacq T., Dujeu M., Desnouck V., Holmberg E., Moreau N., Pedroni C., Castetbon K. Evolutions au cours des années d’enquête. Comportements, santé et bien-être des élèves en 2018 – Enquête HBSC en Belgique francophone. Service d’Information, Promotion, Education Sante (SIPES), Ecole de Sante Publique, Université libre de Bruxelles. 2020. 56 pages. Disponible sur : http://sipes.ulb.ac.be/

Article rédigé par Theresa Lebacq, Assistante de recherche au Service d’Information Promotion Éducation Santé (SIPES)
, Université Libre de Bruxelles - École de Santé Publique