Enquête HBSC : les ados belges francophones consomment trop de boissons énergisantes

Les boissons énergisantes ont gagné en popularité auprès des adolescents ces dernières années. Ces boissons, caractérisées par une teneur élevée en caféine et contenant de la taurine, font l’objet de stratégies de marketing ciblant particulièrement les adolescents et les jeunes adultes. Elles présentent les boissons énergisantes comme permettant de faire face à la fatigue, d’augmenter ses performances physiques et sa concentration  [1].

Une consommation fréquente de ces boissons, et l’apport excessif en caféine qui en résulte, ont cependant des effets néfastes sur la santé, comme des symptômes cardiovasculaires, de l’hypertension, des problèmes de sommeil, de la nervosité, des difficultés de concentration, et des perturbations gastro-intestinales. Ces manifestations concernent en particulier les enfants et les adolescents, en raison de leur masse corporelle inférieure et de leur sensibilité accrue à la caféine  [2].

Une photographie de la situation pour la première fois en Belgique francophone

En Belgique francophone, l’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC), menée en 2018 auprès de 14407 adolescents scolarisés de la 5e primaire à la 7e secondaire, a montré que 10,8 % des adolescents consommaient des boissons énergisantes plusieurs fois par semaine. Parmi ces consommateurs réguliers, 40 % en consommaient tous les jours.

  • La proportion d’adolescents consommant des boissons énergisantes plusieurs fois par semaine était deux fois plus élevée chez les garçons (14,1 %) que chez les filles (7,2 %).
  • Chez les garçons, cette proportion ne variait pas selon le niveau scolaire. Chez les filles, elle était plus élevée dans les niveaux secondaires (7,6 %) qu’en 5e et 6e primaires (4,4 %).
  • Dans le 2e-3e degré du secondaire, la proportion d’élèves consommant des boissons énergisantes plus d’une fois par semaine était plus élevée dans l’enseignement technique de qualification (15,8 %) et dans l’enseignement professionnel (19,4 %), que dans l’enseignement général et technique de transition (6,0 %).
  • La consommation de boissons énergisantes plusieurs fois par semaine concernait 7,1 % des élèves les plus favorisés, 10,9 % des élèves moyennement favorisés et 12,9 % des élèves les moins favorisés (selon le niveau d’aisance familiale [3]).
  • Elle était également plus fréquente parmi les élèves vivant dans des familles monoparentales (11,5 %) ou recomposées (13,6 %) que parmi ceux vivant avec leurs deux parents (8,8 %).
  • Concernant le statut migratoire, les adolescents immigrés de 1ère et 2e génération étaient proportionnellement plus nombreux (respectivement, 12,6 % et 11,4 %) à consommer des boissons énergisantes plusieurs fois par semaine, que ceux nés en Belgique et ayant leurs deux parents nés en Belgique (9,2 %).

Une consommation associée à d’autres comportements à risque mais aussi à l’activité physique

Comme l’illustre le tableau, plusieurs éléments liés au mode de vie des adolescents étaient également associés à la consommation régulière de boissons énergisantes : la consommation quotidienne de boissons sucrées, la pratique d’une activité physique considérée comme suffisante, le fait d’aller se coucher après 22h30 et de passer plus de deux heures par jour devant des écrans en semaine, ainsi que la consommation hebdomadaire d’alcool (en secondaire uniquement).

Proportions d’adolescents consommant des boissons énergisantes plusieurs fois par semaine selon différentes caractéristiques liées au mode de vie - Enquête HBSC 2018 en Belgique francophone
Consommation de boissons sucrées
< 1 fois/jour 6,4%
≥ 1 fois/jour 20,6%
Activité physique
Insuffisante 10,3%
Suffisante [4] 14,4%
Heure de coucher
≤ 21h30 7,4%
22h00-22h30 8,2%
≥ 23h00 16,3%
Temps d’écran en semaine
≤ 2 heures/jour 3,0%
> 2 heures/jour 11,5%
Consommation d’alcool [5]
< 1 fois par semaine 9,1%
≥ 1 fois par semaine 21,3%

Des actions pour réduire la consommation de boissons énergisantes chez les adolescents

Ces résultats mettent en évidence une prévalence trop élevée de la consommation régulière de boissons énergisantes chez les adolescents scolarisés en Belgique francophone, compte tenu des risques potentiels associés à leur consommation. Ils soulignent l’importance de développer des programmes d’intervention auprès de ce public. La prise en compte des facteurs sociodémographiques associés à cette consommation s’avère importante pour cibler les adolescents à risque, adapter les programmes et améliorer ainsi leur efficacité. Enfin, le fait que les adolescents ayant un niveau d’activité physique suffisant soient plus enclins à consommer régulièrement ces boissons, pose la question de l’influence des stratégies de marketing utilisées sur la consommation des jeunes et des éventuelles régulations à mettre en place dans ce domaine.

Ces résultats sont disponibles sur le site internet du Sipes, dans la brochure : Lebacq T, Pedroni C, Desnouck V, Holmberg E, Moreau N, Dujeu M, Castetbon K. Alimentation, activité physique, sédentarité et sommeil. Comportements, santé et bien-être des élèves en 2018 – Enquête HBSC en Belgique francophone. Service d’Information, Promotion, Education Santé (SIPES), Ecole de Santé Publique, Université libre de Bruxelles. 2019. 64 p.

Article rédigé par : Thérésa Lebacq
Assistante de recherche au Service d’Information Promotion Education Santé (SIPES)
Université Libre de Bruxelles - Ecole de Santé Publique