Enquête auprès des adolescents belges francophones : lien entre la corpulence perçue et les communications en ligne

23 septembre 2020

Les communications en ligne influencent-elles la perception de la corpulence ?

L’adolescence constitue une période de transition psychologique, physique et sociale importante au cours de laquelle les adolescents prennent progressivement conscience et se préoccupent davantage de leur apparence [1]. Durant cette période, ils peuvent vouloir se conformer à des normes culturelles et à des idéaux de beauté, qui prônent souvent une silhouette fine pour les filles et un corps musclé pour les garçons [2]. Par ailleurs, les amis, qui occupent une place majeure dans leur vie, peuvent influencer l’image corporelle qu’ils ont d’eux-mêmes, en contribuant notamment à l’intériorisation de l’idéal de beauté [3]. Les moyens de communication en ligne (SMS, réseaux sociaux, messages instantanés, blogs…) sont largement utilisés par les adolescents pour développer et maintenir des relations avec leurs amis [4]. Cette utilisation peut ainsi avoir une influence tant positive que négative sur la santé et le bien-être des adolescents. Elle permet certes d’entretenir des relations sociales, mais elle peut également entrainer une perception défavorable de leur corpulence par les adolescents eux-mêmes [5,6].

Des adolescents belges francophones insatisfaits de leur image corporelle
En 2018, l’enquête « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC) a permis de recueillir des informations sur la corpulence perçue ainsi que sur l’utilisation des moyens de communication en ligne (MCL) par les adolescents scolarisés en Belgique francophone. Un peu moins de la moitié (47,2%) des adolescents âgés de 12 à 20 ans percevaient leur corpulence comme étant « comme il faut », tandis que 18,1% se trouvaient trop maigres et que 34,7% se considéraient trop gros. La corpulence perçue et l’utilisation des MCL différaient selon le genre : les filles étaient proportionnellement plus nombreuses à se trouver trop grosses et avaient une utilisation particulièrement intensive des MCL, tandis que les garçons avaient plutôt tendance à se trouver trop maigres.

Comme attendu, les élèves en surpoids ou obèses (d’après leur Indice de Masse corporelle - IMC) étaient proportionnellement plus nombreux à se percevoir comme étant trop gros. Soulignons néanmoins que 18,7% des garçons et 37,8 % des filles ayant une corpulence considérée comme « normale » ont également déclaré́ se trouver trop gros (Figure 1). Cette observation révèle que l’insatisfaction corporelle des adolescents est constatée quelle que soit leur corpulence.

Figure 1 : Corpulence perçue (%) des élèves âgés de 12 à 20 ans scolarisés en Belgique francophone selon la catégorie de corpulence mesurée et le genre

Image corporelle et usage des moyens de communication en ligne : des relations différentes selon le genre

L’utilisation des médias de communication en ligne (MCL) a été appréhendée à l’aide de quatre questions sur la fréquence des contacts en ligne avec (1) des amis proches, (2) des amis d’un groupe plus large, (3) des amis rencontrés en ligne et (4) la famille ou d’autres personnes. L’utilisation des MCL a, d’une part, été déterminée sur base d’un score de 1 à 5, calculé à partir des réponses et combinaisons de réponses à ces quatre questions. Ainsi, un score plus élevé représentait une utilisation plus fréquente. D’autre part, les adolescents considérés comme ayant une utilisation intensive des MCL ont répondu qu’ils communiquaient « presque toute la journée » avec au moins une de ces quatre catégories de personnes.

Dans l’enquête HBSC 2018 en Belgique francophone, la corpulence perçue était associée à l’utilisation des MCL. Ainsi, les garçons déclarant se trouver trop gros avaient une utilisation des MCL plus intensive, la même tendance étant observée chez les filles, mais de façon non significative statistiquement (Figure 2).

Figure 2 : Intensité d’utilisation et prévalence d’utilisation intensive des médias de communication en ligne des élèves de 12 à 20 ans scolarisés en Belgique francophone, en fonction de la corpulence perçue

Après avoir tenu compte d’autres caractéristiques liées à la perception de la corpulence (cf. infra), plus les garçons avaient une utilisation élevée de MCL, moins ils étaient enclins à se percevoir trop maigres, en comparaison de ceux qui se trouvaient « comme il faut ». À l’inverse, chez les filles, une utilisation plus intensive de MCL était associée à une augmentation du risque de se trouver trop grosses. Toutefois, ce constat dépendait également de leur corpulence mesurée (Indice de Masse Corporelle), que ces filles soient en surpoids, obèses ou de corpulence normale.

Autres déterminants de la corpulence perçue chez les adolescents
Des caractéristiques sociodémographiques autres que le genre étaient associées à la corpulence perçue, tels que la perception financière et le statut migratoire. Les élèves issus de familles moyennement ou peu aisées étaient plus enclins à se trouver soit trop gros (chez les garçons et les filles), soit trop maigres (chez les filles uniquement), par rapport à ceux issus de familles plus aisées. Les élèves issus de la migration étaient, quant à eux, moins enclins à se trouver trop gros, en comparaison des autochtones.

Chez les adolescents, l’insatisfaction corporelle est un facteur de risque des troubles alimentaires [7], des troubles psychologiques (dépression, faible estime de soi) [8], et est associée à un risque d’obésité́ à l’âge adulte [9]. Dans ces conditions, il semble important de promouvoir une perception corporelle positive auprès des adolescents vivant en Belgique francophone. Nos résultats apportent un éclairage nouveau à cette problématique, utile aux acteurs de promotion de la santé, œuvrant auprès de cette population. Ce, afin qu’ils puissent adapter leurs actions auprès des adolescents particulièrement à risque d’une corpulence mal appréciée.

Les résultats complets sont disponibles sur le site web du Sipes dans la brochure : Holmberg E., Lebacq T., Dujeu M., Desnouck V., Moreau N., Pedroni C., Castetbon K. Relations sociales et vie à l’école. Comportements, santé et bien-être des élèves en 2018 – Enquête HBSC en Belgique francophone. Service d’Information, Promotion, Éducation Santé (SIPES), École de Santé Publique, Université libre de Bruxelles. 2020. 48 pages. Disponible sur : http://sipes.ulb.ac.be/

Article rédigé par : Emma Holmberg
Assistante de recherche au Service d’Information Promotion Education Santé (SIPES)
Université Libre de Bruxelles - Ecole de Santé Publique
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Références

1. Voelker DK, Reel JJ, Greenleaf C. Weight status and body image perceptions in adolescents : current perspectives. Adolesc Health Med Ther 2015 ; 6:149–158.
2. Hubert A, De Labarre M. La dictature de la minceur. Cah Nutr Diet 2005 ; 40:300–306.
3. Webb HJ, Zimmer-Gembeck MJ. The role of friends and peers in adolescent body dissatisfaction : A review and critique of 15 years of research. J Res Adolesc 2014 ; 24:564–590.
4. Boniel-Nissim M, Lenzi M, Zsiros E, et al. International trends in electronic media communication among 11- to 15-year-olds in 30 countries from 2002 to 2010 : association with ease of communication with friends of the opposite sex. Eur J Public Health 2015 ; 25:41–45.
5. Fardouly J, Vartanian LR. Social media and body image concerns : Current research and future directions. Curr Opin Psychol 2016 ; 9:1–5.
6. Valkenburg PM, Peter J. Online communication among adolescents : an integrated model of its attraction, opportunities, and risks. J Adolesc Health 2011 ; 48:121–127.
7. Neumark-Sztainer D, Wall M, Guo J, Story M, Haines J, Eisenberg M. Obesity, disordered eating, and eating disorders in a longitudinal study of adolescents : how do dieters fare 5 years later ? J Am Diet Assoc 2006 ; 106:559–568.
8. Whitehead R, Berg C, Cosma A, et al. Trends in adolescent overweight perception and its association with psychosomatic health 2002-2014 : Evidence from 33 countries. J Adolesc Health 2017 ; 60:204–211.
9. Cuypers K, Kvaløy K, Bratberg G, Midthjell K, Holmen J, Holmen TL. Being normal weight but feeling overweight in adolescence may affect weight development into young adulthood-an 11-year followup : The HUNT study, Norway. J Obes 2012 ; 2012:601872.

Mis à jour le 01/09/2020