Les ados ? Mais non, ils ne sont pas gros !

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On nous répète que nos jeunes sont de plus en plus gros. Pourtant, ce n’est pas vraiment ce que montrent les études, souligne le Pr Nicolas Zdanowicz. Et si les adultes laissaient un peu les jeunes respirer et manger comme ils le décident, suggère ce psychiatre…

La presse, des pédiatres, des éducateurs ou d’autres professionnels crient et dénoncent l’accroissement des problèmes de santé chez les jeunes ? Laissez-les bramer leurs propos exagérés ! En réalité, « les adultes semblent souvent faire porter leurs mauvais comportements par les jeunes », constate le Pr Nicolas Zdanowicz, dans le livre éclairant (mais plutôt à destination des professionnels) qu’il vient de publier [1].

Chef du service de psychosomatique au CHU Namur-Godinne, professeur de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’UCLouvain, il nous suggère, à nous adultes, de repenser nos manières de considérer les adolescents, de réfléchir à l’idée selon laquelle « nous devons les sauver » et, par la même occasion, de réfléchir aux « stratégies » que nous développons pour qu’ils adoptent des comportements de santé « bien pensés ». Ce qui veut dire, bien pensés par nous… mais pas par eux ! Et si une petite remise à jour s’imposait ?

« Voilà ce que montrent les grandes études épidémiologiques [2] effectuées depuis 1990 : on compte environ 12,5 % de jeunes en excès de poids et ce chiffre ne varie pas beaucoup. En revanche, il y a de plus en plus de jeunes dans notre société, on en voit donc probablement davantage. On nous répète qu’ils sont de plus en plus gros ou qu’ils font de moins en moins de sport. Mais ce n’est pas vrai et ce, même si l’étude réalisée en 2014 est plus contrastée : elle montre à la fois que les jeunes mangent plus de fruits ou de légumes et que le surpoids s’accroit. Cependant, « cette hausse pourrait sans doute être mise en lien avec la croissance importante de consommation des écrans, également mise en lumière par l‘étude », détaille le Pr Nicolas Zdanowicz (voir l’encadré ci-dessous).

Pour montrer que les adultes cultivent des préjugés à l’égard des jeunes, le psychiatre rappelle que de nombreux parents imaginent que « les jeunes auraient des relations sexuelles de plus en plus tôt, avec beaucoup de partenaires, sans préservatif, avec le risque d’avoir des grossesses non désirées. » Mais là encore, cette conviction est inexacte : l’âge des premiers rapports sexuels reste stable (autour de 17 ans) et très peu de jeunes femmes de moins de 18 ans ont recours à une IVG. Pour le dire autrement, « ce que les adultes ont dans la tête ne reflète pas la réalité des adolescents », assure-t-il.

Le souci, c’est le contrôle (ou son absence totale)

« Face à un jeune en excès de poids, la réaction parentale est souvent de mettre le jeune au régime, souligne le Pr Zdanowicz. Or, plus le parent est contrôlant, plus cet excès de contrôle risque d’être catastrophique, en entraînant une contre-attitude du jeune qui va le mener à une prise de poids. » Il en va de même, ajoute-t-il, si le parent se fiche de tout, autre attitude peu propice à autonomiser un jeune alors en quête d’attention familiale.

« Pour amener l’adolescent à faire attention à son poids, le rôle des parents est de dire qu’il est prêt à aider… mais qu’il ne contrôlera pas tout à la place du jeune », assure le psychiatre. Des études menées sur la consommation d’alcool des jeunes confirment le bien-fondé de cette attitude. Elles ont montré que l’on distinguait trois types de familles : celles qui surveillent et interdisent la prise d’alcool, celles qui surveillent sans interdire, et celle qui ne surveillent pas et n’interdisent pas. La consommation la plus basse était celle de jeunes vivant dans des familles qui surveillent mais sans interdire.

En pratique, comment aider les jeunes et s’aider en tant que parents ? Le Pr Nicolas Zdanowicz suggère de questionner les adolescents. Cette position permet d’échapper à la fois aux interdits et au laisser-aller complet. Un : « Es-tu sûr que c’est une bonne idée de manger cela ? » pourrait ainsi donner au jeune la possibilité de choisir, seul, et d’aller vers son indispensable autonomie. « Pour les parents, la difficulté consiste à sortir d’une dizaine ou d’une quinzaine d’années au cours desquelles ils se sont reposés sur le fait de pouvoir parler à l’impératif, remarque Nicolas Zdanowicz.

Mais l’objectif, avec un adolescent, c‘est qu’il se fasse autorité à lui-même, qu’il soit invité à se faire son éthique. Cette position parentale est évidemment plus compliquée lorsque les parents surconsomment, car les jeunes ont alors vite fait de les renvoyer à leurs propres comportements ! » Une (autre) fêlure dans notre manière de traiter les adolescents ?

Manger, mais pas seulement

Comme le rappelle le Pr Nicolas Zdanowicz dans son livre « Adolescence et santé » (Editions Académia), les enquêtes épidémiologiques menées auprès des jeunes donnent souvent des informations plutôt rassurantes en ce qui concerne leurs comportements alimentaires. Par exemple, beaucoup d’entre eux mangent des fruits et des légumes. Mais leurs réponses montrent l’existence d’un gradiant social  : les plus défavorisés adoptent moins ce comportement. « On constate aussi que chez les jeunes adultes, cette consommation de fruits et de légumes tend à baisser, admet le Pr Zdanowicz. Cependant, nous n’avons pas d’études concernant cette dégradation lors des années d’études supérieures et de la vie en kot. »

En tout cas, les études actuelles montrent l’importance de considérer les liens entre les variables comme le mode de vie ou l’attitude face à la santé. Ainsi, les jeunes qui n’aiment pas l’école sont plus nombreux à manger hors de l’école le midi et à consommer frites et hamburgers. Les absentéistes diffèrent aussi des non absentéistes en matière de consommation de tabac (plus élevée, avec au moins une prise par semaine), d’ivresse (deux fois ou plus par semaine) et d’absence de sport.

De même, les comportements de santé sont socialement inégaux  : les hausses de poids, une alimentation comprenant moins de fruits et de légumes, la consommation de boissons sucrées et un temps plus élevé passé devant des écrans se retrouvent surtout dans les familles monoparentales, avec un faible niveau d’aisance matériel et chez des jeunes menant des études professionnelles.

La démonstration que l’alimentation et les comportements de santé sont liés à des déterminants qui, fondamentalement, réclameraient des réponses différentes ?

Article rédigé par Pascale Gruber, journaliste Santé